5 étapes pour apprendre à répondre du tac au tac

Répondre “du tac au tac” L’expression remonterait au XIXe siècle et ferait référence à l escrime, où lorsqu’un joueur répondait du tac au tac, cela voulait dire qu’il répondait de façon très rapide. “Tac !”, “tac !” font les épées des escrimeurs qui se battent ! (Lire aussi l’article : Qu’est-ce qu’un bretteur ?)

Avoir de la repartie est un excellent atout. Certains n’ont peut-être pas cette chance de répondre aussi rapidement et facilement, mais qu’ils se rassurent : il est possible de s’entrainer pour acquérir cette facilite de réagir avec aplomb en toute circonstance. Voici notre programme en 5 étapes :

1 – Prendre conscience des situations

Pour répondre du tac au tac, il faut d’abord être capable de détecter qu’on vient de vous balancer une vacherie. Ce qui, pour certains, n’a rien d’évident ! Ils ne réagissent donc pas, laissent filer… C’est souvent le cas pour les personnes qui se ont tellement été attaquées et insultées au cours de leur vie qu’a un moment, elles refusent de se battre contre ces attaques, elles refusent de les percevoir, elles sont dans une forme de déni et ne se rendent même plus compte qu’on se moque d’elles ou qu’on les insulte…

La première étape, assez douloureuse pour ces personnes, et de quitter le déni et de reconnaitre en tant que telles les attaques et moqueries dont elles font l’objet. Lors de prochains échanges vifs avec des amis, des connaissances ou des collègues, soyez vigilant et faites attention a vos propres sensations : est-ce que votre interlocuteur ne serait pas en train de vous agresser ou se moquer, même gentiment, mais a vos dépends ? Plutôt que de répondre poliment et gentiment, autorisez-vous un instant de silence, le temps de faire le point sur la situation. Si vous avez le moindre doute, ne faites surtout pas comme si de rien n’était ! Au contraire, tentez de lever le doute, ne serait-ce que pour vous-même, et questionnez votre interlocuteur : “Que veux-tu dire par… ?” Ne lâchez pas le morceau, et mettez votre interlocuteur dans l’obligation d’aller au-delà des sous-entendus et d’élucider sa pensée.

2 – Préparer ses ripostes

Prendre conscience qu’on est attaqué est une chose, réagir sur le coup en est une autre. Et généralement, c’est d’autant plus difficile que nous sommes un peu ébranlés émotionnellement. Ce qui se passe alors le plus souvent, c’est qu’on ne sait pas du tout quoi répondre… C’est autant l’effet d’une éventuelle timidité que celui de la sidération, surtout face a quelqu’un de la part de qui on ne serait pas du tout attendu a ce genre d’attaque ou de moquerie. On reste con, et c’est encore pire…

Le secret pour réagir, même quand notre cerveau est sous le choc ? S’être préparé et suffisamment entraîné. Il n’y a évidemment pas de formule type pouvant être utilisée dans n’importe quelle situation. Par contre, a défaut d’une formule, il est possible de riposter en communicant par le langage non verbal : on croise fermement ses bras, on lance un regard glacial que l’on maintient suffisamment longtemps, on évite toute expression de joie ou de sourire, bref, on cherche a imprimer un malaise chez notre interlocuteur par notre attitude. Si vous avez le sentiment d’être sur le point d’exploser, préférez vous lever et mettre un terme a l’échange en vous en allant.

Attention a deux choses en particulier. La première, c’est qu’il est inutile de réagir de façon trop cinglante selon le contexte. Il faut d’autant moins donner le sentiment que vous vous faites marcher sur les pieds s’il y a du monde autour de vous, car vous êtes alors en train de construire votre image publique. Mais selon le statut de votre interlocuteur et sa popularité auprès des personnes qui vous entourent, il peut aussi être risqué d’être trop violent verbalement. Tout est donc affaire de dosage. A cette étape, évitez donc d’être trop cinglant et préférez une attitude non verbale de fermeté. La deuxième chose a laquelle il faut faire attention, c’est se rappeler que la repartie n’a de véritable sens et d’effet que dans la réactivité : donc si vous laissez passer trop de temps, n’essayez plus de réagir de façon trop cinglante, c’est malheureusement trop tard… Laissez passer ce tour et attendez le prochain…

3 – Trouver son style

Une erreur typique, lorsqu’on essaye de répondre du tac au tac, est d’imiter ou singer notre interlocuteur. On réagit sur le même ton, en reprenant les mêmes mots ou le même style, et souvent on se retrouve a un niveau très bas, celui des vannes bêtes, méchantes et blessantes. Bien sur, imiter l’autre est une solution de facilite. Mais le risque est de s’engager soi-même un peu trop loin dans ce genre de relation et d’avoir d’autant plus de mal a en sortir. Le but de cultiver son art de la reparti n’est d’être aussi bête que les autres ou se mettre a leur niveau, mais au contraire être capable de mettre un terme aux railleries et s’élever par rapport a ces échanges toxiques et destructeurs. C’est pourquoi une étape très importante consiste a trouver son propre style pour répliquer avec efficacité.

Très concrètement, cela consiste a se fixer en amont quelques principes clairs avec lesquels on ne transigera pas. Par exemple : ne jamais utiliser de gros mot ni verser dans la vulgarité ; ne jamais attaquer le physique ou la mentalité de l’autre ; ne jamais chercher a utiliser des confidences ou des choses privées voire secrètes que nous connaissons sur l’autre, etc. Lorsque c’est l’autre qui s’y risque, le repérer immédiatement et clore aussitôt l’échange avec la plus grande fermeté. Le risque de riposter sur le même terrain est de se diriger vers l’escalade de violence verbale, parfois jusqu’a la violence physique – ce qui est alors le véritable point de non retour et un cuisant échec pour tous.

4 – Pratiquer l’autoderision

Pour beaucoup de personnes ayant du mal a developper leur reparti, ce qui leur pose problème c’est de s’attaquer a l’autre. Une tactique simple consiste donc a se centrer sur soi. Si l’autre nous attaque, plutôt que de montrer que l’on est pique au vif, autant verser dans l’autodérision et même en rajouter. Cela a un triple effet : d’abord, couper l’herbe sous le pied de celui qui veut se moquer ; ensuite, exagérer a un tel point que cela le fera lui-meme se sentir ridicule ; enfin, lui donner l’impossibilité de continuer car vous ne lui laissez aucune prise et il aura l’impression que ses moqueries ou méchancetés n’ont strictement aucun effet.

Attention cependant a ne pas trop en faire, gardez bien en tête les limites que vous vous êtes fixées a l’étape 2. Ne vous flagellez pas devant votre agresseur, ne vous mettez pas plus bas que terre : il s’agit surtout de ne pas chercher a vous “défendre” directement face aux attaques de l’autre, mais a en sourire et a dire par exemple “c’est clair !” en s’amusant soi-même de la moquerie qui nous était pourtant adressée !

5 – Préparer son réservoir de répliques

Pour cultiver son sens de la repartie, la meilleure manière consiste a noter celles que l’on entend et que l’on a trouvée bien senties. On peut aussi noter celles qui nous sont venues a l’esprit bien plus tard, bien après l’altercation, mais que l’on se réserve pour une prochaine fois. On peut aussi lire des livres et des recueils de répliques célèbres et s’en inspirer, voire les ressortir si les circonstances s’y prêtent. Une autre excellente source se trouve dans les films et les séries, dans lesquels les héros sont justement des héros parce qu’ils ont toujours le bon mot au bon moment. En plus, vous pouvez également vous inspirer de leurs attitudes, postures, regards et gestuelle…

Quelques suggestions de livres et recueils a lire : Voilà ce que j’aurais dû dire ! 170 exercices pour avoir de la répartie et s’affirmer aux éditions Eyrolles, Comment avoir le dernier mot : Développez votre sens de la repartie pour toujours répondre du tac au tac aux éditions Leduc, Vous n’aurez pas le dernier mot ! Petite anthologie désinvolte des plus belles réparties chez Albin Michel, Et toc ! Le meilleur des réparties pour moucher les emmerdeurs, les cons, les prétentieux et autres ennuyeux par Fayard/Mille et une nuits, ou encore L’Art de Clouer le Bec: Les plus belles réparties de l’histoire, de Diogène à Twitter !

Constituez-vous une véritable collection de répliques, votre propre ” best of”, en les notant dans un petit carnet spécialement prévu a cet effet ! Faites une selection pour ne retenir que les répliques avec lesquelles vous vous sentez a l’aise. N’hésitez pas a les réécrire et reformuler pour que les mots ou tournures de phrases vous conviennent personnellement. Et lisez et relisez de temps en temps votre carnet, au fil du temps vous connaitrez les meilleures par coeur et elles jailliront spontanément sans même que vous y pensiez. Vous serez alors pleinement dans le tac au tac.