Donc… Ce petit mot qui irrite

« Donc » est comme un petit nuage dans le ciel bleu de vos discours… Il suffirait de le supprimer pour que tout soit parfait…

« L’illogisme irrite. Trop de logique ennuie. La vie échappe à la logique, et tout ce que la seule logique construit reste artificiel et contraint. Donc est un mot que doit ignorer le poète, et qui n’existe que dans l’esprit. »

(André Gide, Journal 1889-1939)

Le terme “donc” est un connecteur logique : ce qui signifie qu’il annonce une conclusion qui découle de propos préalablement énoncés. Même chose pour “alors”. Or, beaucoup font l’erreur de débuter spontanément leurs interventions par un retentissant “…Donc !” ou un tout aussi tonitruant “…Alors”, “…Alors bonjour”, “…Alors voilà, je vais vous parler de…”

Comme l’observe André Gide, le “donc” est déjà assez ennuyant en tant qu’il est la marque d’un excès de logique. Mais utilisé de la sorte, il devient carrément illogique ! Et irritant…

Ces petits mots comme “donc” et “alors” se glissent partout, se substituent facilement à des “heu…” répétitifs et finissent par devenir des tics de langage. Attention, c’est contagieux ! Si la personne qui s’exprime avant vous place des “donc” ou des “alors” un peu partout, il est probable que vous en fassiez autant lorsque vous prendrez la parole. Sachez y être attentif chez les autres, pour mieux vous en prémunir.

Bien sûr, André Gide ne condamne pas tout à fait le terme en lui-même, mais ce qu’il implique : une tendance à la démonstration parfaite, parfaitement rigoureuse – tandis qu’il faudrait davantage oser des affirmations peut-être moins bien fondées, basées sur le ressenti, absurdes comme la vie, frisant la poésie… Un orateur doit parfois moins chercher à prouver qu’à enchanter