Ecrire pour les autres, écrire pour soi : règles pour une écriture éloquente

Tout d’abord, n’écrire que par nécessite, sous réserve de l’une des conditions suivantes, sans quoi l’écriture n’est qu’une imposture :

  • Ecrire lorsque ça déborde en nous (telle une pieuvre, l’écrivain doit faire jaillir son encre…) ;
  • Ou en raison d’un irrésistible besoin de transmettre ;
  • Ou encore pour transformer sa propre pensée, pour l’objectiver, la voir de l’extérieur. Comme l’exprimait avec malice Foucault en 1982 : “Si vous saviez, lorsque vous commencez à écrire un livre, ce que vous allez dire à la fin, croyez-vous que vous auriez le courage de l’écrire ? ““j’écris pour me changer moi-même et ne plus penser la même chose qu’auparavant.”

Dans le cas du besoin de transmettre :

L’expression de l’idée doit être la plus claire possible, la plus accessible pour le plus grand nombre de gens (règne du nombre, transmettre la vérité au monde entier, multiplier les possibilités d’approfondissement, faciliter les traductions, etc.)

Des termes compliqués doivent parfois être utilisés, mais tous peuvent et doivent être explicités. Un terme dont la définition fait appel a l’intuition du lecteur doit être banni.

Attention a la confusion discours profond / obscur (cf. citation d’Henri Maret… Arthur Schnitzler avait aussi ce mot, que l’on pourrait transposer aux écrivains, auteurs et artistes de tout genre : “Il y a trois sortes d’hommes politiques: ceux qui troublent l’eau; ceux qui pêchent en eau trouble; et ceux, les plus doués, qui troublent l’eau pour pêcher en eau trouble.”

Les textes doivent être le plus court possible. Un papier dont le développement se fait sur plus d’une vingtaine de pages doit être décomposé en plusieurs articles, qui, bien qu’assemblés donnent une vision globale, aient chacun leur unité propre.

Un texte ne doit pas avoir pour centre un evénement d’actualité, car risque de contextualisation trop prononcée, et donc péremption, vite inadapté voire incompréhensible a une certaine distance du contexte… Le thème doit être un concept ou une idée, et les evénements ne peuvent être cites qu’a titre d’exemple. Le papier ne doit pas partir de l’événement pour poser une question (induction) mais répondre a la question en interrogeant les evénements.

Aucune thèse ne saurait être tenue pour vraie : la référence a un auteur ne vaut que pour s’immerger dans sa pensée, expliquer les raisons d’un contexte domine par une pensée, ou écrire ce qui a déjà été mieux dit par un auteur, sans forcement le lier a sa pensée tout entier.

“Ecrire” ne signifie pas seulement inscrire des suites de lettres ou de mots sur une page. Lorsque quelqu’un dit qu’il “écrit”, il prétend par la être en mesure de… offrir ou restituer une vision du monde qui nous échapperait sans autre forme de témoignage…

Cas particulier : écrire pour l’argent

Le travail de journalisme, littérature de divertissement, blogging webmarketing : ce n’est pas “écrire”…

2 raisons peuvent pousser a écrire :

  • Pour soi, parce qu’il faut vomir ce qui fermente, ce qui bouillonne en nous > dans cette optique, transformation
  • Pour les autres : parce que l’on se sent maitre d’un objet qu’il faut rendre public

Point commun entre les deux : sentiment de necessite. Mais souvent les deux se confondent, et il y a erreur.

L’artiste qui n’explique rien mais veut quand même exposer est un idiot : il recherche les autres pour leur montrer combien il est indépendant… Tout projet d’expression s’inscrit dans une relation. Ecrire, c’est se plier a des codes, faire en sorte d’être compris par d’autres

Toute ecriture a en soi un projet politique

Il faut s’adresser a ceux qui sont en mesure de comprendre, relayer, exécuter. S’inscrire dans une chaine qui nous conduit de la pensée, virtuelle, a l’action bien réelle sur le monde. Si cette chaine est rompue avant le moindre impact sur le monde, semi-échec. Mais parfois, impact inattendu : exemple dans Cloud Atlas, un livre est utilisé pour caler un piano…