Leadership et vision organique du monde : la clef du charisme messianique

Que ce soit sur le plan collectif ou individuel, on se définit beaucoup plus par ce a quoi l’on tient, que par ce dont on veut se détacher. C’est pourquoi le leader messianique invite le plus grand nombre a s’attacher le plus possible a lui, et a s’attacher le plus possible les uns les autres.

Le leader messianique place ses discours et ses actions dans le cadre d’une valeur dépassant par définition l’individu : la solidarité. La solidarité implique en effet deux individus au moins. Le principe de solidarité active universelle repose sur l’idée que toute action doit servir un tiers. Toute action doit servir un tiers. Mesurez bien les implications de ce principe. Pensez a toutes les actions que vous accomplissez pour vous-memes. Par exemple, toutes les fois ou vous vous déplacez, que ce soit en avion pour aller a l’autre bout du monde, ou en marchant, pour aller acheter une baguette de pain. Dans ces cas-la, comment pourriez-vous servir un tiers en même temps ? Par exemple : en vous déguisant. Ce qui pourra amuser ou inspirer les personnes que vous croisez pendant vos déplacements.

C’est pourquoi le leader messianique conseille fortement aux personnes qui le suivent de se déguiser lors de leurs déplacements. Mettre un déguisement chaque fois que l’on sort de chez soi, vraiment ? Oui, car il y a déguiser et déguiser… Il ne s’agit pas exactement de mettre un costume de carnaval, genre princesse ou contrôleur sncf, mais un costume tout court, par lequel on prétend agir dans une direction donnée. Par exemple : mettre un t-shirt avec un message particulier, c’est aussi cela se déguiser. Mettre des habits particuliers et reconnaissables pour afficher publiquement sa philosophie de vie, sa confession, devenir un support publicitaire ambulant en arborant le logo voyant d’une marque que l’on juge conforme a l’image que l’on veut donner de soi, porter des insignes visibles autour du coup ou ailleurs, révéler des portions de tatouages, se peinturlurer les ongles ou les paupières, tout cela c’est aussi se déguiser. Le meilleur déguisement est celui des personnes qui prétendent ne pas se déguiser, en mode baba cool ou hippie par exemple. Chaque fois que l’on arbore un style reconnaissable, c’est que l’on porte un déguisement.

Le leader offre un sens particulier a tel ou tel accoutrement. Par sa vision, il imprime dans les consciences de ceux qui le suivent que leur déguisement n’en est pas un, que celles et ceux qui le revêtent sont “authentiques” et plus proches du vrai, du pur, du juste, du simple, ou autre concept a la con de ce genre. Et les gens s’efforcent d’y croire, car tous aiment bien se déguiser, et cherchent a tout prix a s’attacher a une bonne excuse de le faire. C’est ce genre d’excuse que nous appelons “cause” par un habile glissement semantique généré par les propos du leader. Au fond, le bon leader est celui qui sait verbaliser le discours justificateurs de nos bassesses et de nos contradictions, et par-la nous libérer de la mauvaise conscience qui en résulte.

La réalité est une mille-feuilles composes de toutes les couches de nos croyances. Nous pouvons donc, par la force de nos désirs, inspirés par les discours de notre leader, changer nos croyances. Et donc non pas remplacer une couche de croyance par une autre, mais bien les empiler, les additionner, les superposer a l’infini. A chaque fois que nous changeons de croyances, nous épaississons ainsi le mille-feuilles de la réalité qui nous entoure. Le leader a un pouvoir “pâtissier” sur le monde.

Comme nous ne pouvons pas nous représenter le réel, alors chaque représentation est un nouvel ordre de réalité impossible a se représenter. Ce mille-feuilles de couches de réalité non-representables devient une crème de croyances. A nous de décider si c’est une crème glacée, ou une crème fluide et chauffée. Préférez-vous le piquant du froid, ou la douceur du chaud ? On ne dit pas non plus si la crème est sucrée ou salée, ou épicée… Il y a tant a imaginer dans ce monde impensable !

“Puisque nous sommes en perpétuelle évolution, puisque nous sommes le fruit de l’évolution, puisque le vivant est évolutif par nature, nous pouvons considérer comme très probable que les animaux soient un jour nos semblables, tout comme nous étions nous-memes des animaux et que nous sommes devenus nous. Il est donc nécessaire de mettre en oeuvre au plus vite tous les moyens pour tenter de rendre les animaux végétariens, en vue de fonder une société juste et équilibrée sous le signe de la solidarité lorsque ce jour viendra.” C’est par ce genre de rhétorique habile que le leader vegan new age peut nous amener a consommer du “poulet de blé”, du “jambon végétal” et autres contradictions alimentaires de ce genre. Le leader messianique a généralement un penchant très prononcé pour le végétarisme, ou autre régime alimentaire très particulier et original. Dans ce genre, le respirianisme obtient la palme d’or. Mais le mouvement respirianiste n’est pas très solide, car les membres meurent souvent en ne mangeant pas (ou, plus exactement, en ne mangeant que de l’air…).

Prenez conscience de votre corps. Ressentez cette vérité : vos paupières vous protègent de la lumière… Votre peau vous protège de l’air… Les murs nous protègent de ce qu’il y a au-dela du mur… Nos sensations, l’existence même de nos sensations, nous rappellent que les frontières sont des espaces nécessaires, tant est que la peur ou le doute nous amène a les considérer comme nécessaires. Cette peur et ce doute sont toujours le fruit de l’ignorance : nous ne savons pas ce qu’il y a au-dela du mur tant que nous sommes de l’autre cote (s’il n’y a pas de fenêtre, ou que les volets sont fermés). Nous ne savons pas ce que ça ferait de se libérer de la peau, peut-etre que les yeux de nos organes percevraient de nouvelles choses sur le monde.

Créer une frontière, c’est établir une relation entre deux espaces, c’est l’acte de création, c’est créer des possibilités la ou il n’y en avait pas. Si on laisse quelqu’un agir librement, on ne peut observer qu’une banale action. Si on dit “non, ne fait pas ça”, alors si cet individu le fait quand même, on vient d’inventer la transgression, la révolte, et l’individu devient un rebelle, un héros. C’est donc en posant une frontière que l’on offre la possibilité de la franchir ou de la transgresser. Ainsi agit le leader, non en simple homme d’action, mais en homme de révolution. Et c’est également le sentiment qu’il inspire a ceux qui le suivent, qui se sentiront tout aussi rebelles, tout aussi libres, et plus encore dans leur déguisement.

Chaque frontière crée de nouvelles réalités, des réalités incubées, des réalités gigognes, des réalités russes. Affirmez votre leadership en créant de nouvelles frontières, pour aussitôt inspirer le sentiment de braver les frontières et repousser les limites. Créez de nouvelles frontières dans les frontières, et faites gonfler les mille-feuilles, rendez le monde crémeux et croustillant a la fois. Les frontières sont le principe actif des mille-feuilles.

Quel intérêt aurait donc un mille-feuilles qui ne serait en fait qu’un bête bloc de pâte lisse et homogène sans croustillance ni onctuosité crémeuse ? Ce ne serait pas un mille-feuilles… Mais il le devient aussitôt que l’on ajoute a cette réalité une nouvelle couche de croyance selon laquelle c’est bien un mille-feuille, en lui donnant un nom sophistiqué, par exemple : “un mille-feuilles minimaliste zen“. Aussitôt, ce bloc de pâte lisse prend forme dans la bouche et l’esprit, et offre un sentier… duquel on peut a son tour s’écarter, et ramifier ainsi la réalité jusqu’a faire émerger un embryon de nouvelle conscience. Le leader s’assigne ainsi la plus noble des missions : donner la vie, rendre la vie a la vie, rendre la vie aux hommes et aux femmes qui le suivent.