Jouer un rôle, est-ce mentir ? Le cas particulier de l’orateur comme homme de scène

Pour paraphraser Stchepkine : peu importe que votre discours soit bon ou mauvais, l’important c’est qu’il soit vrai. Et pour être vrai, votre discours doit être juste, logique, cohérent. Vous devez penser, sentir et agir en communion avec ce que vous êtes vraiment… Lors d’un débat politique, par exemple un débat présidentiel télévisé, l’un des deux candidats vous a-t-il déjà semblé plus “vrai” que l’autre ? C’est la première question que l’on devrait se poser dans l’analyse du discours politique… En gardant en tête que seul le discours en tant que jeu (théâtral) peut être vrai, autrement dit “être vrai dans le faux”. L’analyse du discours politique consistant donc, entre autres, à chercher la logique de ce qui ne l’est pas…

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Le discours, lorsqu’il exprime la vérité, brille d’une clarté qui est l’expression de la vérité elle-même. C’est la vitalité de l’esprit qui se communique et touche l’auditeur profondément. Cela dépasse les artifices et la technique sans pour autant les omettre.

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La force de la vérité dans le discours, c’est la cohérence et l’assurance. En disant la vérité, on est sûr de dire des choses qui ont un lien logique entre elles ; on est sûr aussi de pouvoir répondre sans hésitation à toutes les questions. Mais la vérité n’est pas toujours évidente, et parfois elle est difficile à communiquer. Il y a des vérités qui sont paradoxales, qui demandent des connaissances assez poussées, qui sont trop subtiles et trop complexes pour convaincre le public. Et puis la vérité a ses propres limites, celles de la vérité, qui fait qu’elle ne peut pas tout dire.

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A contrario, le mensonge est illimité. Il peut dire presque n’importe quoi. Il peut séduire en toute occasion, il peut toujours aller au raccourci et à la caricature pour présenter les choses de façon facile et emporter l’adhésion du public. Mais le mensonge est aussi très difficile à manier. Il ne doit pas se contrarier de façon évidente. Il ne doit pas non plus être découvert.

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C’est pourquoi le discours “vrai” serait finalement celui des orateurs moyens qui ne veulent pas prendre de risque… Mais les grands orateurs, ceux qui maîtrisent à la perfection l’art de la rhétorique, sont ceux qui mentent. Mentir est extrêmement difficile, mais c’est l’arme la plus rude et la plus efficace ! Paradoxal me direz-vous ?

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La difficulté du mensonge ne lui donne pourtant aucun mérite. Plutôt que parler de mensonge peut-être faut-il mieux parler de “jeu”. Comme au théâtre, il s’agit d’incarner un personnage, un rôle, un caractère, une posture, pour composer avec d’autres et ravir son public. Le comédien ment-il au public ? Peut-on dire que l’on ment dans ces conditions ?

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Le comédien ne s’appartient pas vraiment, il joue pour le public, sa fonction se détermine dans son rapport à l’autre. Tandis que le mensonge est par essence personnel, individuel, il est pensé, défini, souhaité contre l’autre. Il sert les intérêts privés, et est souvent nuisible à l’intérêt général. Quoique semblant avoir les mêmes effets, ce type de relation est donc à l’opposé du jeu.

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Parmi ses écrits de jeunesse Nietzsche a eu ce mot fameux : “Le monde te prend tel que tu te donnes à lui”. Pour le paraphraser à son tour, nous pourrions dire que l’habilité de l’orateur comme du comédien serait de “se donner au monde tel qu’il veut les prendre”. Tous les artifices rhétoriques et toutes les techniques de communication reposent au fond sur cette prise en compte du public, ne limitant pas le message à sa seule élaboration par les règles du langage et de la raison de façon purement individuelle et intérieure.

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Il s’agit de retrouver la “vérité” par delà les outils utilisés pour la diffuser, la propager, altérant inévitablement sa pureté rationnelle et parfaitement logique. Il s’agit de faire en sorte que chacun, une fois capté et convaincu, sans forcément cesser d’agir à travers la foule, se remette toutefois à penser par et pour lui-même, rationalise le message, retrouve son sens et sa vérité profonde par delà l’efficacité d’une formule ou d’un slogan. Il s’agit d’amener tout un chacun à décortiquer tout discours à la manière d’un cadeau dont l’emballage seul nous aurait séduit dans un premier temps. Le véritable orateur ne peut se contenter du seul enrobage. Le véritable orateur veut susciter la réflexion, et pousser à l’action pour les bonnes raisons. Le “mensonge” ou plutôt le jeu n’est qu’une étape, qui doit bien conduire à la vérité in fine.

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Donne-toi au monde tel qu’il veut te prendre, donne-toi à la foule telle qu’elle veut te prendre, voilà quel pourrait être l’impératif du grand orateur, qui l’incite donc non à mentir mais à s’adapter, à davantage jouer – à jouer avec le public et à jouer pour lui, pour le plaisir… tenir une posture, tenir des propos parfois ambigus… à la manière d’un de Gaulle par lequel nombreux s’étaient sentis “compris” : mais qui avait-il vraiment compris au final ?

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Il y a donc, d’une part, une distinction à faire entre jeu et mensonge. Il y a, d’autre part, une distinction à établir entre orateur et “sophiste” : le véritable orateur, pour Cicéron, est celui qui dérange, qui incite à la réflexion, à l’exercice critique de la raison, qui vise le changement par l’impact qu’il peut avoir sur ses auditeurs… Tandis que les sophistes “ne veulent pas troubler l’âme, mais l’apaiser… Leur but n’est pas tant de persuader que de plaire…” (Cicéron, L’orateur idéal, ed. Rivages poche, p.45).

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Ainsi l’orateur, en bon rhéteur, doit aussi se faire séducteur, utiliser certaines techniques des sophistes pour capter l’attention et plaire… dans un premier temps seulement ! Il lui faut ensuite, dans un second temps, emmener ses auditeurs, son public sur des terres inconnues, insoupçonnées, les amener à envisager les choses différemment, ne pas seulement les conforter dans leurs petites idées mais les séduire avec celles-ci pour mieux leur en faire voir d’autres, et de plus grandes…

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En suivant cette distinction, les tribuns contemporains, hommes politiques et autres spécialistes de la communication ne sont que des “sophistes” selon la terminologie de Cicéron, et non de véritables orateurs. Exemple : Mélenchon, que tous les analystes politiques ont voulu voir comme le plus grand orateur de cette campagne, n’est en réalité apparu que comme tribun, “sophiste”, car il se contente de plaire à la foule, à son public, mais n’apporte jamais rien de vraiment nouveau au débat, se contente de se répéter et répéter des slogans éculés. Qu’il maîtrise le verbe, le geste et la voix, c’est une chose, mais l’orateur accompli doit également avoir pour lui l’esprit, et communiquer celui-ci à la foule, au risque de la déranger, de la provoquer…

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Pour revenir sur la confusion entre jeu et mensonge, il s’agit donc d’apprécier le tribun pour ce qu’il est, un tribun, et non un orateur, mais d’attendre, d’espérer de lui qu’il se hisse à ce rang, qu’il ne se contente pas seulement de plaire à son public, qu’il ne se complaise pas dans la séduction de la foule, mais qu’il utilise ce pouvoir pour l’amener à penser, pour, à travers elle, toucher tout un chacun et lui permettre de penser par lui-même. Voici comment celui qui n’est que tribun aujourd’hui pourra peut-être un jour prétendre au titre d’orateur tel que le conçoit le modèle du genre : Cicéron.

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Peut-être que cette distinction entre mensonge et jeu est spécifique en politique parce que le jeu est “sérieux”, ou doit a tout prix donner cette impression. Ce qui n’est pas tout-à-fait le cas au théâtre. D’autre part, au théâtre, le personnage ne prétend pas être la personne.

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Cependant, le mensonge n’est pas forcément personnel, il peut être utilisé par un groupe, pour protéger un groupe, et même parfois le menteur croit agir pour le bien de son public (l’éternelle question : faut-il préférer le bonheur à la vérité ?). La vérité n’est pas toujours de l’intérêt général (si tenté que cet intérêt existe et est autre que la somme des intérêts particuliers). Est-il de l’intérêt général en temps de guerre, par exemple, de dire la vérité, au risque de démoraliser les troupes et la population, et de provoquer la défaite ?

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Le personnage ne s’appartient pas, a piori… Pourtant, les postures que se donnent les hommes politiques sont façonnées par des communicants. Hollande a par exemple “triché” sur sa vraie nature pendant la campagne présidentielle (tout comme n’importe quelle personne se maquillant, ou chercher a maitriser sa communication finalement…).. Le bout-en-train joufflu et réservé qu’il était a laissé la place à un personnage sérieux, sûr, paternel voire autoritaire. Et les clips de campagne sont là pour faire entrer dans la tête du public une image voulue du candidat, preuve que le public n’est pas maître du jeu auquel il participe (vous connaissez sans doute l’usage possible de la psychologie collective).

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Pour finir, méditons de nouveau sur cette idée : “Il s’agit de faire en sorte que chacun, une fois capté et convaincu, sans forcément cesser d’agir à travers la foule, se remette toutefois à penser par et pour lui-même.” Ce serait bien… Mais on observe souvent au contraire autour de nous que ceux qui pensent le plus par eux-mêmes sont les plus réticents aux slogans et aux discours politiques télévisés. Les effets de foule recherchés dans les meetings et les réunions politiques (attente sous tension du chef puis apparition de celui-ci au fond de la salle avec poignées de mains, ovations, musique martiale, etc etc) visent à faire penser par lui-même chacun des membres de la foule. Concluons, avec les mots de Flaubert, qu’on ne peut peut-être penser qu’assis à son bureau, c’est-à-dire dans le calme est la solitude…

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