Que dire à quelqu’un qui a perdu un proche ?

Il n’y a malheureusement pas de mots miracles ou de formules magiques pour effacer la peine provoquée par la perte d’un être cher. Chacun réagit à sa manière, plus ou moins violemment, plus ou moins longtemps…

Un ami, chirurgien, régulièrement confronté à des situations dramatiques, m’expliquait à quel point il peut lui être difficile d’annoncer la mort d’un patient à ses proches. On ne s’habitue jamais vraiment, même quand cela fait partie du métier. Cet aspect est d’ailleurs complètement négligé dans la formation en médecine. Pendant ses longues neuf années d’études pour devenir docteur, il n’a eu qu’un cours de deux petites heures traitant spécifiquement de la relation médecin/malade. Au concours de l’internat, il n’y a qu’une seule question sur le sujet (sur plus de 300 !). Il a appris à sauver des vies, mais que dire à ceux dont un proche s’en est allé ?

Nous avons le réflexe, pour exprimer une forme de compassion, de dire : “Je comprends ce que tu ressens”, “Je sais ce que vous devez éprouver”

Non ! Vous ne pouvez pas comprendre. Vous ne pouvez pas éprouver la même douleur ou la même tristesse qu’un parent venant de perdre son enfant, qu’un jeune homme survivant à son meilleur ami après un accident, qu’une jeune femme apprenant le suicide de son père. Il n’y a rien de plus insupportable pour quelqu’un dans une situation aussi tragique que de s’entendre répéter ce genre de formules creuses et banalisées de la part de tous et n’importe qui (amis, famille, famille éloignée, collègues, connaissances, rencontre fortuite…).

Aux yeux de celui qui l’éprouve, la souffrance est infinie : dire qu’elle peut être “comprise” revient à la rationaliser et par là-même à la minimiser, voilà précisément ce qui est insupportable.

Personne ne peut vraiment comprendre un individu en souffrance. Pas même celui qui a vécu un drame similaire mais qui, depuis, en a fait le deuil et reconstruit sa vie.

Si quelqu’un que vous connaissez vient de perdre un proche, laissez-lui “l’exclusivité” de sa souffrance. Chaque individu est unique, chaque relation est unique. Sa situation est unique et ne peut être comparée avec aucune autre. Vous ne pouvez l’atténuer en essayant de la partager, au contraire : c’est exactement ce qui risquerait de l’irriter.

Ne prétendez pas le “comprendre” pour révéler votre empathie, dites plutôt :

“Je ne peux pas comprendre ce que tu ressens… Mais dis-moi si je peux faire quelque chose, quoi que ce soit. Je pense très fort à toi.”

C’est en reconnaissant que vous ne pouvez pas le comprendre, que sa souffrance ne peut être comprise par personne d’autre que lui qu’il se sentira paradoxalement mieux compris