“J’ai le TRAC ! C’est grave Docteur ?”

Ca y est, c’est à vous. On vient de vous appeler et vous aller devoir prendre la parole. Face un groupe. Face à des personnes que vous ne connaissez pas forcément. Et vous sentez votre cœur se mettre à battre… Vous sentez votre gorge se nouer, vos mains trembler…

Ce foutu trac ! Ce stress face au regard des autres ! Qu’est-ce que je dois dire ? Comment vais-je le dire ? Et si j’oublie ce qu’il faut dire ? Et si je fais des erreurs ?

Les réactions face au trac peuvent être très différentes, et se manifester par des tics et signes de nervosité très variés.

…Mais en soi, est-ce vraiment si grave, le trac ? Faut-il chercher à tout prix à s’en débarrasser ?

Les bêta-bloquants ne sont pas la solution

Régulièrement, parmi les personnes que je coache, certaines me demandent si elles doivent prendre des bêta-bloquants. Nombre d’acteurs, musiciens, journalistes télé, personnalités avant une intervention en public ou un passage médiatique ou encore avocats avant une plaidoirie, se font prescrire des bêtabloquants afin d’éviter un trac paralysant. On raconte que Jacques Chirac en prenait, et ce ne serait pas le seul de nos présidents…

De quoi s’agit-il exactement ? De médicaments utilisés en cardiologie notamment pour retenir la sécrétion d’adrénaline (liée au stress) et ralentir le rythme cardiaque. La prise de bêta-bloquants limite donc le risque de crise de trac. Mais il s’agit là d’un usage détourné et dangereux de ce type de médicament ! Ce n’est pas parce que certaines personnalités du monde artistique ou politique avouent en prendre avant certaines interventions à fort enjeu que leur consommation doit être banalisée.

En réalité, la prise de bêta-bloquant peut même avoir des effets dramatiques sur l’impact d’une prise de parole en public. En ralentissant le rythme cardiaque de l’orateur, celui-ci peut complètement se “ramollir”, ne plus avoir aucun dynamisme à communiquer. Or, ce qui compte vraiment, lors d’une intervention, c’est de transmettre des vibrations. Une trop grande nonchalance, une certaine apathie voire un complet détachement ne permettent pas d’accrocher le public. Celui-ci finit par s’ennuyer, ou pire, par avoir l’impression qu’on se paye sa tête…

Détachement et vibrations

Il arrive que certaines personnes, lors de situations stressantes, semblent totalement détachées, comme si elles ne ressentaient aucune pression. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles n’ont pas le trac : leur indifférence est précisément la manifestation paradoxale de leur trac. Et cette forme d’indifférence ou de détachement peut se révéler pire que les symptômes les plus fréquents du trac (accélération du rythme cardiaque, tremblements…) : elle empêche les personnes qui l’éprouvent d’être suffisamment actives ou réactives, et de jamais vraiment rentrer dans leurs propos. Pour donner véritablement vie à son discours, c’est avec tout son corps qu’il faut communiquer de l’énergie, pas seulement par les mots ou ce que l’on dit.

Dans ses manifestations habituelles, le trac s’apparente à une énergie négative, mais qui offrent de fait la possibilité d’être converties en énergie positive. Tandis que le détachement semble être une absence d’énergie. Dans ce cas là, le travail à effectuer peut donc paradoxalement consister à (re)déclencher ou (ré)générer une sorte de stress, a priori négatif, qui pourra alors être transformée positivement.

Pour faire vibrer le public, il faut soi-même vibrer. Pensez à quelques uns des meilleurs orateurs ou comédiens que vous avez pu voir : ce ne sont pas forcément les plus détachés mais au contraire les plus impliqués dans leur rôle ou leur discours, totalement passionnés, pris par les tripes ! Eux aussi ne sont pas parfaits, eux aussi font des erreurs, mais leurs “erreurs” nous apparaissent alors comme des signes de vie, des preuves de leur folle humanité bouillonnante.

Le trac est une énergie

Le trac n’est pas négatif en soi. C’est d’abord une énergie, qui peut être perçue comme négative ou positive. Bien souvent, ce n’est pas tant la peur qui nous retient, que la peur d’avoir peur. Le trac est une tension que interprétons comme un signe de peur et c’est pourquoi nous cherchons à l’éviter. Mais nous pouvons tout aussi bien le ressentir comme une forme d’excitation qui, loin de nous bloquer, va nous stimuler.

Face aux bêtabloquants, il existe des méthodes simples, naturelles et particulièrement efficaces telles que la relaxation, la méditation, l’auto-hypnose et tout ce qui relève de la préparation mentale. Par la pratique régulière de certains exercices, la tension induite par le stress ne disparaît pas mais change de nature : alors qu’elle était tension d’angoisse paralysante (ou du moins limitante), elle devient tension dynamique incitant à l’effort et à la réalisation d’une performance.

Voici une petite anecdote que l’on m’a rapportée et qui montre bien les différentes façons de vivre une même sensation de trac. Un jeune musicien est accompagné par son père à une audition. Ce dernier s’inquiète et craint que son fiston soit paralysé par le trac. Mais l’audition se passe bien, très bien même ! A la sortie le père demande donc à son fils : “Tu n’as pas eu le trac ?” “Si, bien sûr que si… mon cœur battait très fort…” “Alors comment as-tu fait ??” « Hé bien, en fait, j’ai aimé ça » !

Le trac est une forme de respect

Rappelons aussi que le trac est la preuve que vous prenez votre intervention au sérieux, que vous considérez votre public. Le trac peut en effet être défini comme une forme « d’anxiété sociale anticipatoire », c’est-à-dire que c’est l’idée de décevoir les autres, de ne pas répondre à leurs attentes, de ne pas être à la hauteur face à ses interlocuteurs, qui génère de la peur. Avoir le trac, c’est donc avoir le souci de bien faire… Ce qui est plutôt positif, car c’est une condition de la réussite ! Quelqu’un qui n’aurait jamais le trac, qui ne se mettrait jamais la pression, ne chercherait pas non plus à se dépasser, à progresser, à sans cesse s’améliorer.

Dans son célèbre ouvrage Comment parler en public, Dale Carnegie rapporte une anecdote du docteur Peale. Celui-ci se trouvait un jour aux côtés d’un artiste qui allait donner une représentation :
« Vous n’avez pas le trac, n’est-ce pas ? demanda l’artiste au docteur Peale.
« – Mais si, lui répondit le docteur, je suis toujours un peu ému avant de parler devant un public. J’ai un profond respect de l’auditoire, et la crainte de le décevoir me rend un peu nerveux. Pas vous ?
« – Non, déclara l’arrogant artiste, il n’y a pas de raison. le public se laisse toujours prendre. Les gens avalent n’importe quoi.
« – Je ne suis pas de votre avis, renchérit le docteur. Les gens sont nos propres souverains. J’ai un grand respect pour le public. »
Quand le docteur apprit par la suite que la popularité de l’artiste qu’il avait rencontré baissait, il eut la certitude que cela était lié à son attitude : il se rendait déplaisant et ne cherchait pas à gagner la sympathie des auditeurs.

N’essayez donc pas de faire disparaître votre trac (ce n’est de toute façon pas possible) mais tentez simplement l’apprivoiser, en vous y confrontant régulièrement et directement, et vous en ferez votre meilleur allié. En guise de conclusion, terminons sur ce bon mot de Sarah Bernhardt à une jeune comédienne ayant déclaré qu’elle avait déjà joué plusieurs fois et qu’elle n’avait même plus de trac :

« Ne vous en faites pas, le trac, cela viendra avec le talent… »