Un piège à éviter : le sophisme de la motivation

Crimes contre la logique est un ouvrage du philosophe néo-zélandais Jamie Whyte, politicien par ailleurs, qui vise à démasquer les raisonnements tordus et plaide en faveur de l’usage de la raison dans les débats publics comme privés.

Il recense toutes les infractions à la logique commises à dessein par les vendeurs, les arnaqueurs, les sectaires, les hommes d’église ou les politiciens (qu’il connait donc si bien…) afin d’obtenir nos suffrages, notre argent, notre adhésion, ou simplement pour changer de sujet, détourner les conversations et éviter les vraies questions

[amazon_link asins=’2251442855,284205301X,2842422554′ template=’ProductCarousel’ store=’panier-21′ marketplace=’FR’ link_id=’b146607a-10d4-11e7-8bbe-ad9dfba32881′]

Dans ce livre inclassable, sorte de manuel de rhétorique appliquée à la vie de tous les jours, Jamie Whyte démonte avec son humour tout british les argumentations bidons auxquels nous sommes tous confrontés quotidiennement (lors des débats entre amis, en famille, en couple… mais aussi lorsque nous allumons la télé pour suivre les interviews et émissions politiques). Petit extrait choisi sur le « Sophisme de la Motivation » (page 81) :

Quand ma soeur avait 15 ans, elle trouvait qu’elle avait de grosses cuisses. De temps à autres, elle demandait à en avoir le coeur net : “mes cuisses sont grosses, n’est-ce pas ?”

“Non, ma chérie, répondaient alors mes parents, tes cuisses sont très jolies ; tu es une belle fille.”

Eh bien, voilà qui confirmait ce qu’elle pensait. Prenant le contrepied des dénégations de nos parents pour confirmer ses pires craintes, ma soeur entonnait son sempiternel refrain : “Vous dites ça juste pour me faire plaisir !”

Elle commettait là le Sophisme de la Motivation, croyant qu’en démasquant les raisons qui poussaient nos parents à exprimer une opinion – faire qu’elle se sente mieux dans sa peau et qu’elle se taise – elle avait démontré la fausseté de cette dernière.

Mais ce n’était pas le cas. En effet, il est tout à fait possible d’avoir intérêt à professer ou à exprimer une opinion, et que celle-ci soit vrai. Un homme peut gagner une paix royale et durable en disant à sa femme qu’il l’aime ; il se peut néanmoins qu’il l’aime vraiment…

Ma soeur n’avait pas de grosses cuisses. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’on montre qu’une opinion est sous-tendue par une motivation précise qu’on prouve qu’elle est fausse !

Illustration : René Magritte, L’invention collective (1935)

[amazon_link asins=’2212562047,2226215948,2212560133,2266194747,2883533121,2738135994,2212545967,2806265037′ template=’ProductCarousel’ store=’panier-21′ marketplace=’FR’ link_id=’d9662303-10d4-11e7-aaa6-a55f54ca5c6a’]